samedi 10 mai 2008

La Pride 2008 à Bordeaux : le 5 juillet !

La lesbienne, gaie, bi, trans Pride de Bordeaux se tiendra le 5 juillet 2008 !

Vous souhaitez y participer, rejoindre le comité d'organisation ? N'hésitez-plus : pride2008@lgpbordeaux.net

Discours prononcé lors de la Marche des fiertés, 2 juin 2007

J'ai l'honneur et l'immense plaisir en tant que président de la Lesbian and Gay Pride Bordeaux de vous souhaiter la bienvenue à cette 12ème Marche des fiertés lesbiennes, gay, bi et transexuels.

12 ans. Qui aurait cru en 1995, quand Bordeaux a organisé sa première Gay Pride, que 12 ans plus tard il faudrait encore marcher ?

Oui, le chemin accompli est important, il est fantastique même . En France, les personnes homosexuelles vivent mieux aujourd'hui qu'il y a encore 5 ou 10 ans. Oui, nous avons gagné des combats.

Mais ne nous trompons pas. Rien ne nous a été gratuitement consenti. Il n'a pas suffit de cogner à la porte des politiques et de dire : toctoc, ce serait bien si pouviez dépénaliser l'homosexualité, toctoc, nous serions tellement heureux que vous reconnaissiez que deux garçons ou deux filles puissent s'aimer, pourquoi ne leur offririez-vous pas un cadre juridique qui les protège ?

Non, ça ne marche pas comme ça. On ne nous a rien gentiment donné. Ce que nous avons obtenu, nous l'avons chèrement gagné en imposant et en remportant le rapport de forces. Et quand je dis nous, je dis surtout la génération militante précédente à qui je souhaite rendre un hommage appuyé.

Mais je tiens également à adresser un message à la nouvelle génération. J'entends dire aujourd'hui certains seraient gênés de l'exentricité de cette manifestation, que tu comprends, toutes ces folles, ces drag queens, nous ne voulons pas y être associés. Je leur réponds ceci : ces folles, ces drag queens, ces trav ont fait qu'aujourd'hui tu peux t'habiller fashion, que tu peux aller boire des coups avec des potes homo et surtout que tu peux vivre ta sexualité a peu près normalement. Les émeutes de Stonewall de 1969 ont initié un mouvement capital dans la lutte pour l'égalité des droits et à leur tête, il y avait notamment Sylvia Rivera, un travesti.

En ce moment même, en Iran, 17 hommes sont torturés pour avoir porté des vêtements féminins lors d'une soirée pourtant totalement privée. Plus proche de nous, en Europe, dimanche dernier, à Moscou, des homosexuels se sont fait tabasser par des groupes néonazis, sous le regard impassible de la police, pour avoir simplement demandé de pouvoir revendiquer l'égalité des droits. Encore plus proche, en Pologne ... on a presque envie de sourire. On savait le gouvernement hostile aux homosexuels mais lundi dernier le grotesque l'a emporté : les Télétubbies vont être censurés parce quecette série pour enfants ferait, selon le gouvernement, de la propagande en faveur de l'homosexualité !

A force de se rapprocher, on arrive en France. Malheuresement, il s'y passe et il s'y dit des choses également peu ragoutantes. Nous, les déviants serions programmés génétiquement. Pour notre nouveau président de la République, il existe un patrimoine génétique de l'homosexualité. Ce serait amusant si derrière cette théorie ne se cachait pas une réalité alarmante, effrayante même.

Dire qu'il existe un gène de l'homosexualité c'est renoncer automatiquement à toute politique publique volontariste. Prenons un exemple. Selon certaines études, un jeune homosexuel a 13 fois plus de risques de se suicider qu'un hétérosexuel de même classe et de même condition sociale. Pour nous, militants LGBT, cette situation s'explique par un mal-être, une mesestime de soi, par une pression de la société hétéronormée. Pour nous, il existe des solutions : l'éducation, la lutte contre l'homophobie, l'accompagnement et le soutien moral. Pour les tenants du déterminisme génétique, la société n'y est pour rien, l'Etat ne peut rien faire car l'homosexuel naît fragile, il est programmé pour le demeurer. On comprend bien les deux approches : pour nous, il faut faire évoluer la société et les mentalités pour qu'elles acceptent les homosexuels, pour les tenants du déterminisme génétique, il faut les sevrer au Prozac.

Non, nous ne sommes pas déterminés à vivre cachés, en sous-hommes. Oui, nous souhaitons avoir accès aux mêmes droits que les personnes hétérosexuelles et même si c'est justement parfois pour refuser de les exercer. Christine Boutin écrivait en 1998 au sujet du PACS : "Nous voilà revenu au temps des barbares". Elle s'est refaite une virginité ... ça a du plaire au Pape, mais ça a surtout convaincu Nicolas Sarkozy : elle est aujourd'hui ministre. Christian Vanneste, condamné pour homophobie a déclaré quant à lui que l'homosexualité était inférieure à l'hétérosexualité en même temps qu'elle serait un danger pour l'humanité. Il ne devait pas être réinvesti, promesse du début d'année du président de son parti ... il l'a pourtant été. L'homophobie, ça paye bien.

Nous devons rester vigilants. Rien n'est acquis. Si cette année, nous avons décidé de formuler notre mot d'ordre comme une question adressée à nos concitoyens c'est parce que devant les risques que représentent les nominations que je viens d'évoquer, notre salut viendra d'une société plus ouverte et plus respecteuse de ses différences. Ouverture du mariage civil au couple homo, homoparentalité, lutte contre l'homophobie : vous demander si vous êtes open, c'est vous interroger sur les raisons pour lesquelles vous ne le seriez pas.

Les lesbiennes, les homosexuels, les bisexuels, les transexuels, nous vous l'assurons ne représentent aucun danger pour l'humanité. Nous voulons simplement nous tenir avec vous, debouts et fiers. C'est tout le sens de cette Marche que je déclare ici et maintenant ouverte !