dimanche 30 avril 2006

Petite synthèse sur la déportation homosexuelle

Les nazis ont mené dès 1933 une politique discriminatoire à l’encontre des homosexuels. Elle s’est accentuée à partir de la Nuit des Longs couteaux en 1934 car Hitler désirait laver le parti nazi des accusations d’homosexualité nées du chef des S.A. Ernst Röhm, lui-même homosexuel.

En 1935 – année des lois de Nuremberg – les nazis révisent le paragraphe 175 du Code pénal allemand. Depuis la fin du XIXe siècle, cette loi condamnait l’homosexualité en tant qu’atteinte aux bonnes mœurs, mais, dans les faits, la loi n’était plus guère appliquée dans les années 1920 comme l’indique le très grand nombre d’associations et d’établissements homosexuels en Allemagne à cette époque. La nouvelle version de la loi condamne plus fermement les homosexuels. Surtout, les nazis condamnent désormais les homosexuels, non pour leurs mœurs, mais car ils représentent une menace pour la race car ils ne sont pas reproducteurs. La politique homophobe nazie est donc bien une vraie politique raciale, et non une politique moralisatrice. Ce point a son importance.

La chasse aux homosexuels est engagée. Les associations et établissements homosexuels sont fermés dès 1933 et la Gestapo ou la police utilisent les fichiers homosexuels pour multiplier les arrestations. Les études – qui doivent encore être préciser – estiment le nombre de victimes à 75.000 environ. 10 à 15.000 homosexuels ont été envoyés dans les camps de concentration nazis, tandis que 50.000 à 63.000 autres étaient internés en prison.

Dans les camps, les homosexuels n’étaient pas destinés à l’extermination (qui ne concernait que les juifs et les tziganes). Ils devaient subir une rééducation forcée par le travail. Des expériences « médicales » furent menées sur nombre d’entre eux, allant de la lobotomie aux injections hormonales. Les hommes portaient le triangle rose, les femmes (moins nombreuses) le triangle noir. L’insigne des homosexuels masculins était souvent plus grand que celui des autres détenus afin que les S.S., mais aussi les kapos et les détenus puissent plus aisément les repérer.

Dans de telles conditions, les déportés homosexuels étaient des victimes de choix, placées au plus bas de la hiérarchie des camps. La preuve en est leur taux très élevé de mortalité : 60% des homosexuels sont morts dans les camps, victimes des tortures, des brimades, de la faim, du travail harassant. A l’exception des tziganes et des juifs (destinés à la chambre à gaz), c’est le plus fort taux de mortalité dans les camps.

En ce qui concerne la France, la Fondation pour la Mémoire de la Déportation – association reconnue d’utilité publique placée sous la haut-patronage du Président de la République – a déjà dénombré 210 déportés pour homosexualité. Tous l’ont été depuis les territoires annexés l’Alsace et Moselle, ce qui souligne la logique raciale et non morale de la politique nazie. Les nazis n’ont pas déporté les homosexuels d’Europe mais uniquement ceux du Grand Reich, y compris les territoires français annexés. Ce nombre de 210 reste en deçà de la réalité car les historiens de la Fondation n’ont consulté qu’une part minime des archives.

Pour de plus amples informations, nous vous conseillons la consultation du site "Triangles roses" qui est remarquablement bien fait. http://www.triangles-roses.org

mercredi 19 avril 2006

Communiqué de presse conjoints MDH, LGP Bordeaux, Ligue des Droits de l’Homme, MJS, Maître Gérard BOULANGER, Naïma CHARAI, conseillère régionale d’Aquitaine

La Préfecture ferme toujours les yeux sur l'Histoire. Malgré ses demandes répétées, le Mémorial de la Déportation Homosexuelle n'a toujours pas obtenu la moindre garantie d’être intégré à la cérémonie de la Journée nationale du Souvenir de la déportation, le dimanche 30 avril 2006 au Fort du Hâ. Comme tous les ans, la préfecture semble préférer céder à la pression des associations de déportés résistants qui veulent garder le monopole sur cette cérémonie qui devrait pourtant être un hommage à tous les déportés victimes de la répression nazie. La préfecture restera-t-elle sur sa position des années précédentes, au mépris des instructions ministérielles et de la reconnaissance faite par le Président de la République lui même ?